lundi

27 août, 2007

Retour à Tournai par le train de 8h34, arrivée à 9h57. Finalement Mauro n’est pas parti et nous accompagne mais se contente de regarder l’hôpital des Marronniers de loin et déclare qu’il nous attendra à la gare. Morton Garrett a lui aussi décidé de reculer son retour mais refuse d’entrer dans la pièce où Elena parle avec le gamin et se promène avec moi autour des bâtiments.

Elena nous rejoint très vite. Brusquement, alors que rien ne le laissait prévoir et qu’ils parlaient un peu plus en confiance que la veille, le gamin a montré quelque chose dans la pièce, s’est mis à crier puis s’est accroupi dans un angle de la pièce, se protégeant de ses bras. Il était terrorisé. Il a fallu lui administrer un sédatif. Elena précise qu’à ce moment elle était seule dans la pièce avec lui et qu’il n’y avait rien dans la direction indiquée par le gamin.

Nous cherchons un restaurant, mais beaucoup paraissent fermés le lundi. Nous finissons par en trouver un, le Bistrot de la Cathédrale, mais Elena, très choquée par la scène à l’hôpital, ne peut rien avaler.

Nous rentrons à Bruxelles par le train de 15h09, arrivée à Bruxelles Midi à 16h46. Pendant le voyage, Elena raconte à plusieurs reprises la scène. Mauro paraît sceptique et demande s’il ne s’agissait pas d’une simulation, ce qu’Elena dément avec force. L’inquiétude de l’équipe soignante, qu’on ne trompe sans doute pas facilement, était d’ailleurs visible. Elle racontera encore une fois la scène à Margaret. (J’ai oublié de dire hier que Margaret avait décidé de changer d’hôtel, elle trouve que l’Hôtel Barry est mal tenu et bruyant. Elle a donc déménagé au Royal Hôtel, Bd du Jardin botanique.)
Morton Garrett reproche à Elena d’avoir causé la crise du gamin en le provoquant sur son acte. Elena invoque la réponse rassurante de l’équipe soignante : elle n’y est pour rien, le gamin semblait au contraire un peu sortir de son apathie.

Margaret a visionné les images de la RTBF. Rien d’intéressant, si ce n’est les déclarations extrêmement violentes de la tante et des sœurs, à l’extérieur du palais de justice, pendant le procès qui se déroulait pourtant à huis-clos. On ne voit qu’elles sur les images. Cette dernière remarque de Margaret entraîne une vive dispute avec Elena. Enfreignant la règle que je m’étais fixée de ne pas intervenir, j’essaie de calmer le jeu en rappelant l’observation faite par Morton Garrett à notre entrée aux Marronniers.
En arrivant, Morton Garrett a vu aux mains et aux bras du gamin des bandages qu’il ne portait pas hier. Il le fait remarquer aux soignants qui semblent gênés. Ce sont des gens dévoués, ils ne veulent pas laisser entendre qu’ils ont été négligents et que le gamin a tenté de se suicider ou s’est gravement blessé par leur faute. En fait il porte des plaies aux mains et aux bras ainsi qu’aux chevilles. L’équipe soignante se déclare incapable de comprendre comment il s’est fait ces blessures qui les inquiètent car elles sont profondes et ont tendance à s’infecter.
Morton Garrett et Mauro dînent séparément. Elena s’est enfermée dans sa chambre et Margaret est partie emménager dans son nouvel hôtel dont je suis incapable de donner l’adresse.
MB


dimanche

27 août, 2007

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Ce matin nous avons vu le gamin ! Ou plutôt Elena a parlé avec lui. Grâce à « terpiekje », nous avons pu obtenir la permission de lui rendre visite. D’habitude le visiteur doit engager des démarches administratives compliquées (autorisation du directeur de l’annexe psychiatrique de la prison d’attache, certificat de bonne vie et mœurs etc.) Mais il n’y a que la sœur aînée pour rendre visite à son frère une fois tous les deux mois, elle n’habite plus en Belgique. Le reste du temps, le gamin vit dans un complet isolement en dépit des efforts méritoires du personnel hospitalier. En effet, le gamin semble s’être abstrait du monde extérieur, disent les soignants qui nous ont réservé un accueil plutôt sympathique, contents que cette visite remplisse un peu la journée vide du jeune homme. Efforts méritoires aussi parce que le gamin ne mange pas, ne se lave pas si on ne lui demande pas expressément de le faire. « Est-ce que les morts se lavent ? » répond-il invariablement à l’infirmier. Il obéit aux ordres, accomplit les travaux qu’on lui demande de faire, mais demeure passif, emmuré.

Je reprends le récit de la journée. A Bruxelles, Hôtel de la Grande Cloche, nous nous éveillons sous la grisaille qui disparaîtra finalement en cours de journée. Au petit-déjeuner, embarras. Peut-être à cause des discussions de la nuit dans la chambre d’Elena que je n’ai finalement pas pu ne pas entendre à cause d’une porte communicante. Morton Garrett silencieux, Elena vive et drôle à son ordinaire. Margaret n’est visiblement pas du matin. Mauro qui a abusé de la bière pendant la discussion nocturne a mal aux cheveux. Elena a reçu un mail de terpiekje qui a accéléré les démarches pour une visite au CHP Les Marronniers de Tournai. On nous attend à partir de 10 heures. Le nombre des visiteurs étant limité à 3, je m’attends à une discussion entre les quatre pour savoir qui ira. A ma grande surprise, Margaret semble effrayée par la rencontre. Mauro refuse net. De mauvaise humeur, il annonce qu’il va visiter Bruxelles qu’il ne connaît pas et se remettre du décalage horaire avant de repartir le lendemain matin, d’autant plus qu’il doit transiter par Londres. Je vais donc accompagner Elena et Morton Garrett à Tournai.

A Bruxelles Midi nous prenons le train de 8h23 pour Tournai où nous arrivons à 9h19. Pendant le voyage, nous parlons du procès voulu par le gamin. Morton Garrett s’interroge sur le mutisme du gamin alors qu’il semblait avoir voulu un procès pour tenter d’expliquer son geste, ou peut-être de s’expliquer à lui-même son geste. Qu’est-ce qui s’est passé ?

A la suite des vives réactions d’un habitant du Roeulx, je ne dirai rien de Tournai. Après les formalités d’entrée au CHP Les Marronniers, un médecin a demandé à nouveau au gamin s’il acceptait de recevoir cette visite, le gamin a acquiescé avec indifférence. Le seul moment où il a paru sortir de son apathie ç’a été quand il a regardé Morton Garrett. Il a été convenu qu’Elena lui parlerait. Pour moi il restera une silhouette déambulant lentement à contre-jour dans un couloir.

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Retour à Bruxelles à 16h53 où Margaret s’est arrangée (comment ?) pour rencontrer quelqu’un de la RTBF ! Nous sommes à Bruxelles où une grave crise politique pourrait mener à terme à l’éclatement de la Belgique, des incendies meurtriers ravagent la Grèce, et nous, nous sommes occupés par un fait-divers qui n’intéresse plus personne. Demain, Margaret pourra disposer des rares images tournées sur le meurtre. Mais demain, c’est lundi, jour du départ pour les quatre.
Elena rapporte la conversation décevante qu’elle a eue avec le gamin, tantôt parlant raisonnablement de sa vie aux Marronniers, tantôt s’égarant : « Ma mère a prostitué ma sœur… Je dois sortir d’ici car ils pratiquent la vivisection sur les patients… ma mère n’arrêtait pas de m’insulter… Elle a été transformée et manipulée par les services psychiatriques… Elle a une force diabolique… » puis revenant à un discours aux apparences rationnelles.
Le découragement semble gagner tout le monde. Elena souhaite revenir à Tournai le lendemain, le gamin l’a regardée avec insistance quand elle le lui a proposé, et l’équipe soignante était plutôt favorable. Margaret veut rester encore un jour. Morton Garrett n’en voit pas la nécessité, il a des obligations familiales, des soucis avec son fils d’après ce que j’ai cru comprendre. Mauro maintient son départ à 11 heures 45 pour Londres et monte se coucher sans saluer personne. Moi, je me demande ce que je fais là et si tout ça sert à quelque chose.
MB


arrivée

26 août, 2007

J’ai renoncé à publier dans les commentaires précédents les messages de celles et ceux qui n’ont pas pu ou pas voulu venir à Bruxelles (merci à Luna, TSF, Sergio20239, blackdahlia, Shiva, seulette et aux autres pour leurs encouragements ou leurs excuses). Comme convenu, pendant ce week-end, c’est l’auteur de l’Organon, cette compagnie théâtrale suisse qui s’intéresse à notre quête, qui fera le compte-rendu. Je lui cède la parole en toute liberté.
Elena

Bonjour à toutes et à tous. Je vais donc tenir le journal de ces deux journées. Je ne ferai pas de littérature sur ce blog. La littérature, je la réserve, si je puis dire, à la compagnie de l’Organon qui répète sur les bords du lac Léman, à Vevey exactement, la pièce écrite en quelque sorte « en direct » à partir de ce que je vois.

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La rencontre à Bruxelles a été difficile. D’abord parce que Monique Biesebrouk, qui devait nous attendre avec une pancarte Image&Action n’a pu venir à cause d’un problème mécanique. Personne n’ayant les numéros de portable des autres, c’est Morton Garrett qui a eu l’idée de confectionner une pancarte de fortune, servant ainsi de repère aux autres qui tournaient en rond en regardant les voyageurs autour d’eux sans oser les aborder !
D’un commun accord, il a été décidé que les pseudonymes du blog continueraient d’être utilisés ici pour désigner les quatre personnes qui ont fait le voyage de Bruxelles : Morton Garrett, Tullio di Mauro, Elena Makropoulos, Margaret Petticoat. J’ignore d’ailleurs leurs véritables noms.

Morton Garrett est plutôt imposant mais pas enveloppé, francophone en dépit de son pseudo. Tullio di Mauro est mince sinon maigre, parle avec un accent canadien. Elena Makropoulos (son pseudo signifie-t-il qu’elle apprécie les opéras de Janaeck ?) a une quarantaine d’années, vive, drôle, tandis que Margaret Petticoat est très jeune et parle avec un accent que je suis incapable de définir. La rencontre ne s’est pas faite sans une gêne inévitable en pareil cas : on imagine toujours les autres différemment d’après leurs commentaires.
Après la première rencontre à l’aéroport, ils se sont séparés. Tullio di Mauro est allé retrouver Monique Biesebrouk au Roeulx, Elena Makropoulos est partie pour Liège où elle devait retrouver « terpiekje » qui est psy, Margaret Petticoat devait rencontrer un magistrat qui avait suivi le cas du gamin. (Je dis « le gamin » mais il est à présent majeur, il était encore mineur pour peu de temps au moment des faits.)

Après un passage à l’hôtel (Hôtel A la Grande Cloche, place Rouppe, mais Margaret Petticoat décide de changer et d’aller dans un hôtel plus en rapport avec ses moyens, à l’Hôtel Barry, place Anneessens), je décide de suivre Tullio di Mauro au Roeulx, à 45 km au sud de Bruxelles. Maisons de briques, certaines anciennes. Rien de triste comme je me l’imaginais. Nous attendons Monique Biesebrouk devant la maison communale du 19e siècle, pour repartir vers un village proche. Un arrêté du bourgmestre du Roeulx, monsieur Friart, ordonne, devant la recrudescence de chiens en liberté dans la commune, le recensement au bureau de M. Verbeiren « des chiens potentiellement dangereux », sous peine d’une amende de 250 €.

Monique Biesebrouk a les cheveux presque blancs à force d’être blonds, entre quarante et cinquante ans. Solide bon sens quand Mauro qui n’a pas cessé de récriminer depuis le départ de Bruxelles met en doute une nouvelle fois la véracité de cette histoire. Nous prenons sa voiture pour nous rendre dans un village voisin où elle va nous montrer la maison. Elle a emprunté la clé à l’architecte, la maison a été vendue et des travaux de rénovation ont commencé. Pendant la visite, Mauro filme l’intérieur de la maison. Pour la première fois depuis notre rencontre à l’aéroport, je le vois impressionné.
Voici la vidéo tournée par Mauro.

Je ne sais pas conduire, c’est donc Mauro qui nous ramène à Bruxelles, à présent volubile mais encore sceptique quant à la vidéo. La grisaille du matin s’est dissipée, le ciel est nuageux. Monique Biesebrouk nous a dit que nous avions de la chance après les pluies continuelles des derniers jours.
Mauro, Elena, Margaret Petticoat et Morton Garrett se retrouvent à l’hôtel. Je parle le moins possible pour rester un observateur à la fois dedans et dehors. De l’entretien de Margaret avec le magistrat, il ressort que le gamin (c’est ainsi qu’ils l’appellent et je ferai dorénavant pareil) a fait l’objet d’un examen psychiatrique dont le résultat a été contradictoire. Le gamin a pourtant insisté pour être jugé mais pendant le procès qui s’est déroulé à huis-clos (A. était mineur au moment des faits) il n’a pas dit un mot. A l’issue de ce procès « inutile » selon le magistrat, A. a été interné dans l’établissement de défense de la société des Marronniers à Tournai où il se trouve depuis lors. Morton Garrett a retrouvé quelques articles de journal, plutôt des entrefilets, que je publierai sur le blog dès que je pourrai les scanner.
La rencontre d’Elena avec « terpiekje » à Liège a été plus fructueuse. Ils doivent se retrouver demain dimanche à Tournai. Je devrais dire aujourd’hui : j’écris ce premier compte-rendu dans ma chambre d’hôtel, et il est deux heures du matin. Dans la chambre voisine, celle d’Elena, j’entends vaguement le son de leurs voix. Ils ont entamé tout à l’heure une conversation quelque peu personnelle sur des souvenirs d’enfance, j’ai préféré me retirer.
MB


rendez-vous à Bruxelles

19 août, 2007

J’ai commencé à publier dans les commentaires de l’article précédent les réponses de ceux qui ont accepté de se retrouver le 25 août à l’aéroport de Bruxelles. Je sais que tout ça arrive de façon précipitée et improvisée. Si ce n’avait pas été le cas, peut-être que nous n’aurions pas eu la volonté ni le courage d’aller là-bas.
Pour répondre à northern_star, pour ceux qui ne peuvent pas venir, soit parce qu’ils se trouvent trop loin comme John Doe, soit parce qu’ils ne peuvent pas le faire, un compte-rendu de la journée. Je propose que ce soit l’auteur de la compagnie théâtrale de Lausanne qui le fasse.

Un débat s’est installé entrre certains d’entre vous qui ne concernent pas directement notre sujet sur le théâtre en général. Je le publierai dès que je pourrai.

Je vous rappelle le rendez-vous : aéroport international de Bruxelles, point de rencontre, samedi 25 août 14 heures.

Ceux dont l’avion ou le train arriverait plus tard sont priés de me le faire savoir. Il est important que ceux qui peuvent venir m’en informent, Monique Biesebrouk devant réserver les chambres d’hôtel.


l’image va-t-elle remplacer la réalité?

18 août, 2007

J’ai lu un article sur cette question, à propos d’un penseur du nom de Baudrillard. Je cite de mémoire parce que cette idée m’avait frappée : le mouvement de la souris sur l’écran remplace le mouvement physique individuel, c’est-à-dire que peu à peu ce qui est pour nous la réalité disparaît et s’efface derrière l’image.
Monique Biesebrouk a raison, monsieur (?) Tullio di Mauro. Ce n’est pas en restant devant votre écran d’ordinateur que vous saurez la « vérité ». Et Marieke ressent aussi le besoin comme elle dit « d’aller y voir de plus près ». C’est aussi le souhait d’en savoir plus manifesté par Morton Garrett. Nous savons bien que nous n’en saurons pas plus ainsi. Dès le début, sur ce blog, nous avions décidé avec « terpiekje » et deux ou trois autres avec qui nous correspondons régulièrement parce que nous nous connaissons un peu (uniquement par internet) que nous essaierions de mener une réflexion collective. Aussi je propose à ceux qui le peuvent et qui le veulent d’aller voir les lieux où le garçon a commis son acte pour essayer d’y voir plus clair et de continuer notre réflexion ensemble avec nos différentes personnalités et nos différentes expériences. Je sais que ce n’est pas une proposition courante mais je crois que c’est le seul moyen pour avancer. Monique Biesebrouk est d’accord pour nous réserver des chambres d’hôtel et nous piloter dans la région et nous faire rencontrer des gens qui ont connu la famille. On ne va pas refaire une enquête de police, elle a déjà été faite ! c’est une enquête pour COMPRENDRE. Je propose de nous retrouver pour ceux qui n’habitent pas trop loin de la Belgique à L’AEROPORT INTERNATIONAL DE BRUXELLES, au point de rendez-vous, le SAMEDI 25 AOUT à 14 heures.
Je remercie aussi John Doe qui nous tiendra informés de son étude sur la dangerosité des jeux video et qui nous donne des nouvelles des chiens de Brooklyn.
Monique Biesebrouk a joint à son message la photo de la maison où s’est passé le drame. Je la poste ici, les documents joints ne pouvant apparaître dans les commentaires.

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la réalité et la fiction

14 août, 2007

J’étais en vacances en Suisse, je viens de rentrer en France à cause de la pluie, les enfants devenaient insupportables, et j’avoue que j’ai un peu oublié ce blog, tout juste si je me suis connectée de temps en temps pour voir ce qui se passait. Ici aussi il pleut, et les enfants sont à cran.
Je me suis d’abord demandé « en quoi ça les concerne ? » avant de mettre cette vidéo sur Image&Action. Et puis j’ai décidé qu’il fallait que ceux qui sont intervenus sur ce blog depuis quelques semaines la voient eux aussi.
Aujourd’hui, je me dis que je l’ai fait parce que cette vidéo ETAIT LÀ, c’est tout.
Cette vidéo nous a toutes et tous retenus, soit parce que les uns disaient qu’elle était un faux, soit parce que les autres y reconnaissaient des traits véridiques comme « terpiekje ».
Maintenant, quelque chose de nouveau à propos de cette vidéo vient de se produire qui rend nos anciens commentaires inutiles.
Une internaute vient de se manifester, Monique Biesebrouk m’ayant écrit que la publication de son nom lui était égal je ne vois pas de raison de ne pas le mentionner ici.
Monique Biesebrouk est tombée par hasard sur ce blog, elle a reconnu le garçon sur la vidéo : il a été au centre d’un fait-divers qui s’est passé il y a quelque temps près de chez elle en Belgique. Ce garçon a en effet accompli ce qu’il raconte dans sa vidéo. Pour protéger la vie privée de ses deux sœurs et de sa tante (le père était déjà mort), je n’apporterai pas d’autres précisions pour le moment sur le lieu et le moment de ce matricide. Monique Biesebrouk a ajouté qu’elle croisait régulièrement le garçon avant le drame, toujours poli, pas renfermé mais plutôt discret.
Ce nouvel épisode nous engage à voir ces images d’un œil nouveau. Il n’y a aucune forfanterie, aucune haine dans le ton du garçon, il ne porte aucune accusation contre sa famille ou contre le monde entier. Je me demande pourquoi il a éprouvé le besoin de tourner ces images, de se construire comme une fiction, à partir de ce moment atroce de réalité. Et c’est ce que j’y vois de plus énigmatique, cette tentative de dire, mais quoi ?


mise en scène d’un matricide

27 juillet, 2007

Il y a les images violentes, mais on ne parle pas assez de la violence des images qui ne le sont apparemment pas. J’ai découvert par hasard sur dailymotion cette vidéo de quelques minutes.

On y voit un garçon d’une vingtaine d’années qui raconte de façon assez incohérente mais parfaitement maîtrisée comment il a tué sa mère ! Pourquoi a-t-il mis en ligne cette video ?
A-t-il voulu imiter cet étudiant coréen qui a tué 33 étudiants de l’université Virginia Tech aux Etats-Unis ? (Cho Seung-Hui avait expédié à NBC des vidéos le montrant en train de brandir les mêmes armes qu’il allait utiliser pour le massacre ?)
Ou est-ce plutôt une tentative de s’expliquer ? de nous expliquer pourquoi il a fait un tel geste ? peut-être d’essayer de s’expliquer son geste à lui-même ? Pourquoi éprouve-t-il le besoin de se filmer et de faire partager à tous le récit de son geste? Qu’est-ce que ça veut dire?
En tous cas, il raconte avec le plus grand calme comment il a étouffé sa mère. C’est incroyablement violent, parce que ce n’est pas violent du tout.


à quoi servent les images?

25 juillet, 2007

L’écrivain Primo Levi, survivant d’Auschwitz, disait que la différence avec le monde d’hier – le monde des camps de concentration, le sien – réside en ce que, aujourd’hui, « n’importe qui peut savoir tout sur tout ».

Une journaliste française qui était en Tchétchénie, que le gouvernement russe fermait aux étrangers, avait caché un appareil photographique, elle a photographié ce qu’elle voyait : les blessés que les Russes avaient achevés dans les hôpitaux, les corps torturés… Les photos ne sont pas bien cadrées, on sent qu’elle se dépêchait et qu’elle avait peur. Cette femme était là. Ses photos témoignent où personne ne pouvait témoigner.
Aujourd’hui, sauf dans de rares cas, le spectacle de la souffrance nous parvient à distance, par le canal de la télévision ou des journaux.

Regardez ces deux photographies.
exemple1
exemple2

On a vu des photographies à peu près semblables encore et encore après le 11 septembre 2001, souvent la même video amateur en boucle, jusqu’à l’écoeurement

Je me souviens du 11 septembre 2001. J’étais entrée boire un café dans un bistrot et j’avais vu les clients qui regardaient ces images. Je m’étais dit : « encore un de ces ridicules films – catastrophe ! »
Qu’est-ce qu’une image montre, et qu’est-ce qu’elle ne montre pas ? Qu’est-ce qu’une image peut montrer ?
L’élan de solidarité après le tsunami du 26 décembre 2004 dans le sud-est asiatique (280 000 morts) n’a peut-être été si important que parce qu’il y a eu des images dans une région touristique. Le tremblement de terre au Pakistan qui a fait au moins 90 000 morts le 8 octobre 2005 n’a pas eu cette chance. Mais assez avec cette comptabilité macabre. On voit souvent des images de violence. Je me demande si une image ne chasse pas la précédente. Une accumulation d’images, ou leur répétition comme lorsqu’on revoit sans cesse les mêmes images des deux tours de New York en feu, finit par affaiblir le pouvoir qu’elles ont de nous indigner. Jusqu’à quel point le spectacle de la souffrance à distance, par médias interposés (la télévision, les journaux), est-il moralement acceptable ?


est-ce qu’on peut tout voir?

14 juillet, 2007

Je vais revenir en arrière pour répondre à ce que western_sushi écrivait il y a quelques jours. Je vais répéter ce que disait M-J Mondzain dont je citais le petit bouquin au début : elle dit que le risque, c’est de réduire le spectateur au silence. S’il est réduit à l’inertie, c’est qu’il n’a plus la possibilité de choisir. En conclusion mettre l’image seule en accusation est absurde. De toute façon l’image interdite revient par internet ou par le câble. Il faut donc une véritable éducation à l’image pour que les gens soient capables de faire la distinction entre réalité et fiction. Si l’enfant est accompagné il peut tout voir. Et parfois c’est une éducation qui se passe dans les deux sens, parce que sur l’image, les enfants en savent souvent plus que nous.


“la violence, c’est comme un double big mac…”

5 juillet, 2007

J’ai trouvé cette phrase sur je sais plus quel forum : « la violence qui engendre la violence, c’est comme un double big mac, sur le papier c’est gras, pourtant c’est pas le double big mac en soi qui fait grossir, c’est une certaine façon de vivre. »