rendez-vous à Bruxelles

19 août, 2007

J’ai commencé à publier dans les commentaires de l’article précédent les réponses de ceux qui ont accepté de se retrouver le 25 août à l’aéroport de Bruxelles. Je sais que tout ça arrive de façon précipitée et improvisée. Si ce n’avait pas été le cas, peut-être que nous n’aurions pas eu la volonté ni le courage d’aller là-bas.
Pour répondre à northern_star, pour ceux qui ne peuvent pas venir, soit parce qu’ils se trouvent trop loin comme John Doe, soit parce qu’ils ne peuvent pas le faire, un compte-rendu de la journée. Je propose que ce soit l’auteur de la compagnie théâtrale de Lausanne qui le fasse.

Un débat s’est installé entrre certains d’entre vous qui ne concernent pas directement notre sujet sur le théâtre en général. Je le publierai dès que je pourrai.

Je vous rappelle le rendez-vous : aéroport international de Bruxelles, point de rencontre, samedi 25 août 14 heures.

Ceux dont l’avion ou le train arriverait plus tard sont priés de me le faire savoir. Il est important que ceux qui peuvent venir m’en informent, Monique Biesebrouk devant réserver les chambres d’hôtel.


la réalité et la fiction

14 août, 2007

J’étais en vacances en Suisse, je viens de rentrer en France à cause de la pluie, les enfants devenaient insupportables, et j’avoue que j’ai un peu oublié ce blog, tout juste si je me suis connectée de temps en temps pour voir ce qui se passait. Ici aussi il pleut, et les enfants sont à cran.
Je me suis d’abord demandé « en quoi ça les concerne ? » avant de mettre cette vidéo sur Image&Action. Et puis j’ai décidé qu’il fallait que ceux qui sont intervenus sur ce blog depuis quelques semaines la voient eux aussi.
Aujourd’hui, je me dis que je l’ai fait parce que cette vidéo ETAIT LÀ, c’est tout.
Cette vidéo nous a toutes et tous retenus, soit parce que les uns disaient qu’elle était un faux, soit parce que les autres y reconnaissaient des traits véridiques comme « terpiekje ».
Maintenant, quelque chose de nouveau à propos de cette vidéo vient de se produire qui rend nos anciens commentaires inutiles.
Une internaute vient de se manifester, Monique Biesebrouk m’ayant écrit que la publication de son nom lui était égal je ne vois pas de raison de ne pas le mentionner ici.
Monique Biesebrouk est tombée par hasard sur ce blog, elle a reconnu le garçon sur la vidéo : il a été au centre d’un fait-divers qui s’est passé il y a quelque temps près de chez elle en Belgique. Ce garçon a en effet accompli ce qu’il raconte dans sa vidéo. Pour protéger la vie privée de ses deux sœurs et de sa tante (le père était déjà mort), je n’apporterai pas d’autres précisions pour le moment sur le lieu et le moment de ce matricide. Monique Biesebrouk a ajouté qu’elle croisait régulièrement le garçon avant le drame, toujours poli, pas renfermé mais plutôt discret.
Ce nouvel épisode nous engage à voir ces images d’un œil nouveau. Il n’y a aucune forfanterie, aucune haine dans le ton du garçon, il ne porte aucune accusation contre sa famille ou contre le monde entier. Je me demande pourquoi il a éprouvé le besoin de tourner ces images, de se construire comme une fiction, à partir de ce moment atroce de réalité. Et c’est ce que j’y vois de plus énigmatique, cette tentative de dire, mais quoi ?


mise en scène d’un matricide

27 juillet, 2007

Il y a les images violentes, mais on ne parle pas assez de la violence des images qui ne le sont apparemment pas. J’ai découvert par hasard sur dailymotion cette vidéo de quelques minutes.

On y voit un garçon d’une vingtaine d’années qui raconte de façon assez incohérente mais parfaitement maîtrisée comment il a tué sa mère ! Pourquoi a-t-il mis en ligne cette video ?
A-t-il voulu imiter cet étudiant coréen qui a tué 33 étudiants de l’université Virginia Tech aux Etats-Unis ? (Cho Seung-Hui avait expédié à NBC des vidéos le montrant en train de brandir les mêmes armes qu’il allait utiliser pour le massacre ?)
Ou est-ce plutôt une tentative de s’expliquer ? de nous expliquer pourquoi il a fait un tel geste ? peut-être d’essayer de s’expliquer son geste à lui-même ? Pourquoi éprouve-t-il le besoin de se filmer et de faire partager à tous le récit de son geste? Qu’est-ce que ça veut dire?
En tous cas, il raconte avec le plus grand calme comment il a étouffé sa mère. C’est incroyablement violent, parce que ce n’est pas violent du tout.


à quoi servent les images?

25 juillet, 2007

L’écrivain Primo Levi, survivant d’Auschwitz, disait que la différence avec le monde d’hier – le monde des camps de concentration, le sien – réside en ce que, aujourd’hui, « n’importe qui peut savoir tout sur tout ».

Une journaliste française qui était en Tchétchénie, que le gouvernement russe fermait aux étrangers, avait caché un appareil photographique, elle a photographié ce qu’elle voyait : les blessés que les Russes avaient achevés dans les hôpitaux, les corps torturés… Les photos ne sont pas bien cadrées, on sent qu’elle se dépêchait et qu’elle avait peur. Cette femme était là. Ses photos témoignent où personne ne pouvait témoigner.
Aujourd’hui, sauf dans de rares cas, le spectacle de la souffrance nous parvient à distance, par le canal de la télévision ou des journaux.

Regardez ces deux photographies.
exemple1
exemple2

On a vu des photographies à peu près semblables encore et encore après le 11 septembre 2001, souvent la même video amateur en boucle, jusqu’à l’écoeurement

Je me souviens du 11 septembre 2001. J’étais entrée boire un café dans un bistrot et j’avais vu les clients qui regardaient ces images. Je m’étais dit : « encore un de ces ridicules films – catastrophe ! »
Qu’est-ce qu’une image montre, et qu’est-ce qu’elle ne montre pas ? Qu’est-ce qu’une image peut montrer ?
L’élan de solidarité après le tsunami du 26 décembre 2004 dans le sud-est asiatique (280 000 morts) n’a peut-être été si important que parce qu’il y a eu des images dans une région touristique. Le tremblement de terre au Pakistan qui a fait au moins 90 000 morts le 8 octobre 2005 n’a pas eu cette chance. Mais assez avec cette comptabilité macabre. On voit souvent des images de violence. Je me demande si une image ne chasse pas la précédente. Une accumulation d’images, ou leur répétition comme lorsqu’on revoit sans cesse les mêmes images des deux tours de New York en feu, finit par affaiblir le pouvoir qu’elles ont de nous indigner. Jusqu’à quel point le spectacle de la souffrance à distance, par médias interposés (la télévision, les journaux), est-il moralement acceptable ?


est-ce qu’on peut tout voir?

14 juillet, 2007

Je vais revenir en arrière pour répondre à ce que western_sushi écrivait il y a quelques jours. Je vais répéter ce que disait M-J Mondzain dont je citais le petit bouquin au début : elle dit que le risque, c’est de réduire le spectateur au silence. S’il est réduit à l’inertie, c’est qu’il n’a plus la possibilité de choisir. En conclusion mettre l’image seule en accusation est absurde. De toute façon l’image interdite revient par internet ou par le câble. Il faut donc une véritable éducation à l’image pour que les gens soient capables de faire la distinction entre réalité et fiction. Si l’enfant est accompagné il peut tout voir. Et parfois c’est une éducation qui se passe dans les deux sens, parce que sur l’image, les enfants en savent souvent plus que nous.


« la violence, c’est comme un double big mac… »

5 juillet, 2007

J’ai trouvé cette phrase sur je sais plus quel forum : « la violence qui engendre la violence, c’est comme un double big mac, sur le papier c’est gras, pourtant c’est pas le double big mac en soi qui fait grossir, c’est une certaine façon de vivre. »


interdire ou ne pas interdire?

29 juin, 2007

Interdire ou ne pas interdire, c’est un débat vieux comme le monde. On pourrait même dire qu’il remonte aux Grecs ! Platon défendait l’idée que le spectateur va imiter la violence mise en scène, Aristote affirmait qu’elle pouvait au contraire le libérer de sa propre violence
en France, on en discute depuis les années 60 !
Vous voulez des dates ?
en 1968 un meurtrier explique déjà son geste par l’influence d’un documentaire sur un meurtre du même type
en 1976, un débat des « Dossiers de l’écran » sur les crimes sexuels est anulé sous la pression de Michel Poniatowski, ministre de l’intérieur
en 1980 les trois premières chaînes françaises publient en commun un Livre blanc sur le sexe et la violence à la télévision
en décembre 1988 une députée nomée Ségolène Royal dépose un amendement au projet de loi sur la liberté de la communication pour limiter la violence à la télévision
en mai 1989 François Mitterrand déclare qu’il est préoccupé par la violence à la télévision et ses effets sur les enfants
en 1996 Alain Juppé, premier ministre, s’irrite de la violence à la télévision et le président du CSA, Hervé Bourges lui répond que la télévision n’est que le reflet de la société, conséquence on met en place une signalétique de catégorisation des programmes
en 1997, la programmation à une heure tardive du film de Bertrand Tavernier L’Appât est anulée
en 1998 Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’intérieur, parle des « petits sauvageons qui vivent dans le virtuel ».
en mars 2002, la même Ségolène Royal qui a failli être notre présidente de la république annonce sa volonté de lutter contre la « maltraitance audiovisuelle des jeunes ».
Ce débat revient régulièrement, surtout quand les images apparaissent « contagieuses » comme lorsque des adolescents ont incendié un bus à Marseille, et brûlé gravement une jeune fille. Ils l’ont fait par imitation parce qu’ils avaient vu des images de voitures brûlées à la télé. Encore une fois, c’est la banalisation de la violence dans les médias qui est en question.